Zudikey Rodriguez : le plus haut des obstacles

Après Pékin 2008, l’athlète mexicaine rêve désormais de Tokyo 2020. Rodriguez a dû faire appel à toute sa force intérieure, non seulement pour se remettre de différentes blessures, mais surtout pour surmonter le pire moment de sa vie : la perte de son fils. 

Désormais, elle saute.

Elle saute aussi haut qu’elle peut, afin de se rapprocher du ciel. Pour être avec lui de nouveau.

L’athlète mexicaine Zudikey Rodriguez Nuñez a participé au relais 4 x 400 m à Pékin 2008, mais il lui faudra attendre Tokyo 2020 pour réaliser son rêve de retour aux Jeux Olympiques. Elle espère s’envoler une nouvelle fois vers la plus grande compétition sportive du monde, mais cette fois dans une autre discipline : le 400 m haies.

« Je voulais sentir mes jambes décoller du sol et ressentir l’air. Ça me plaît beaucoup. J’adore la course de haies », explique l’athlète à Tokyo 2020.

« C’est une discipline qu’il faut vraiment aimer, parce que l’épreuve du 400 m est déjà épuisante en soi. Imaginez ce que ça donne si l’on complique les choses en ajoutant 10 haies sur le chemin. Les deux dernières paraissent toujours immensément hautes. On dirait de gigantesques murailles ! À ce moment-là, on pense toujours que l’on n’arrivera pas à sauter par-dessus, mais l’entraînement porte toujours ses fruits. »

La plus haute des murailles

Rodriguez a affronté des épreuves qu’aucun entraînement ne peut préparer à surmonter. Par le passé, elle a eu à franchir des obstacles bien plus hauts. Sur son passage de la course à une discipline plus proche du fait de voler, elle a rencontré bien plus d’obstacles que ceux auxquels on fait habituellement face sur une piste d’athlétisme.

Mais le sport lui a toujours donné des ailes.

« Le sport a fait de moi une femme plus forte. Pas seulement physiquement, mais aussi émotionnellement et mentalement. Je ne suis pas quelqu’un qui abandonne facilement. Je peux encaisser beaucoup de choses », dit-elle.

Et la pire de ces expériences a été la perte de son fils Ethan il y a 11 ans.

« La tragédie s’est produite alors que je participais aux Championnats nationaux. Je crois que j’avais gagné 4 médailles d’or, mais ça n’avait aucune importance parce que, quand j’ai appris la nouvelle, le monde entier s’est écroulé. »

« Je ne voulais plus rien faire. Je ne voulais plus courir. Ce qui est arrivé à mon fils m’a fait sombrer dans le chagrin. J’étais au 36e dessous. »

« Alors, j’ai abandonné la course. Il n’y avait rien de plus normal à ça. Je ne voulais pas en parler. J’avais l’impression de devenir folle sans mon fils, sans pouvoir le voir ni lui parler. »

« On était inséparables. »

Zudikey Rodriguez Nunes of Mexico reacts after winning gold in the Women's 400m hurdles finals during the Ibero Americanos Caixa 2014 Athletics (Photo by Alexandre Schneider/Getty Images)
Zudikey Rodriguez Nunes of Mexico reacts after winning gold in the Women's 400m hurdles finals during the Ibero Americanos Caixa 2014 Athletics (Photo by Alexandre Schneider/Getty Images)Zudikey Rodriguez Nunes of Mexico reacts after winning gold in the Women's 400m hurdles finals during the Ibero Americanos Caixa 2014 Athletics (Photo by Alexandre Schneider/Getty Images)

Mais finalement, c’est ce sport auquel elle avait tourné le dos qui lui a permis d’aller de l’avant.

« Après tout ça, je pense qu’avec le temps on finit par apprendre à faire face. J’ai fini par comprendre qu’il n’était plus là, et que je devais aller de l’avant », raconte Rodriguez.

« Mon fils adorait me voir courir. Il était mon plus grand fan. Avec ça en tête, je me suis dit qu’à présent j’allais transformer toute cette souffrance et cette tristesse en quelque chose qui me tire vers le haut, afin de donner le meilleur de moi-même pour mon fils... au paradis. »

Aujourd’hui, chaque ligne d’arrivée est comme un hommage de plus rendu à Ethan.

« Chaque fois que je franchis une ligne d’arrivée, je pointe le ciel du doigt. »

« Et désormais, je veux donner mon maximum à chaque compétition pour lui rendre hommage comme il se doit. C’est ça qui me motive à courir. Ma motivation vient du ciel. »

« C’est une bonne chose d’avoir repris le sport. Je vous jure que, juste après [la tragédie], je ne pouvais pas rester sur la piste plus de cinq minutes. C’était juste impossible. Mais petit à petit, j’ai réussi à dépasser cette incapacité, jusqu’à ce que la douleur devienne une partie de ma vie et que j’apprenne à vivre avec tout ça. »

À présent, je vais transformer toute cette souffrance et cette tristesse en quelque chose qui me tire vers le haut,

afin de donner le meilleur de moi-même pour mon fils

Le caractère de Rodriguez a également joué un grand rôle dans son retour.

« Je suis quelqu’un qui n’abandonne jamais. Je suis positive. J’ai tellement travaillé mon mental qu’il obéit à ce que je décide. Je fais en sorte de me convaincre que je vais bien, et que je vais réussir à surmonter tout ça. Ma vie est régie par un mantra, la joie qui m’empêche de stagner. »

Zudikey Nunes Rodriguez and son Ethan
Zudikey Nunes Rodriguez and son EthanZudikey Nunes Rodriguez and son Ethan

Jamais seule

Rodriguez confie qu’elle ne se sent jamais seule. La force dont elle a besoin lui vient du même endroit que celui qu’elle pointe du doigt à la fin de chaque course.

« Qui sait d’où vient ma force. Moi-même, je ne comprends pas. La seule chose à laquelle je pense, c’est qu’il est tout le temps avec moi. Quand je suis triste, je comprends d’où vient cette tristesse, mais je ne la laisse pas prendre le dessus sur moi. »

« Je m’autorise à ressentir cette douleur, mais pas à être triste tout le temps. »

« Je me suis autorisée à être triste constamment pendant deux ans. À cette époque, j’étais comme un robot. J’allais à l’école, je m’entraînais... Je faisais plein de choses de sorte à ne pas avoir à penser. Et je ne profitais de rien. Mais petit à petit, j’ai commencé à reprendre goût à toutes ces activités. »

« J’ai commencé à ne plus ressentir autant le fardeau de l’obligation d’être malheureuse à cause de l’absence de mon fils. J’ai compris qu’il ne serait plus jamais là. Mais je reste stable mentalement parce que je sais que, d’une certaine façon, il est toujours avec moi. Je dois aller bien, parce que ça veut aussi dire que, où qu’il soit, il ira bien aussi. C’est de là que vient ma motivation à surmonter tout ce qui se dresse sur ma route. »

« Maintenant, je pense que le pire s’est déjà produit. Qu’est-ce qui pourrait arriver après ça ? Peu importe ce que ça sera, ça ne pourra pas être plus douloureux. C’est ça qui me rend plus forte de jour en jour. Mon fils me rend plus forte et m’accompagne tout le temps, à chaque moment heureux, à chaque moment triste, à chacun de mes pas et à chaque compétition. C’est pour ça que j’ai réussi à m’en sortir. »

Le pire s’est déjà produit. Qu’est-ce qui pourrait arriver après ça ?

Peu importe ce que ça sera, ça ne pourra pas être plus douloureux.

Ses espoirs pour Tokyo

Puisant dans cette force nouvelle, Rodriguez vise désormais Tokyo 2020.

« Ma carrière dans l’athlétisme dure depuis 21 ans et ça n’a pas été facile. Le deuil n’est pas la seule chose qui m’a posé des difficultés. Tous les ans, je me suis blessée. Mais je me suis relevée et maintenant je suis toujours motivée à décrocher ma place aux Jeux Olympiques », dit-elle.

Actuellement, l’athlète se remet d’une fracture du péroné, le report des Jeux lui a donc donné plus de temps pour se qualifier pour Tokyo 2020 en meilleure forme.

Rodriguez a déclaré que Pékin 2008 avait eu un impact positif sur sa vie. Elle dispose à présent d’une nouvelle année pour changer à nouveau, mais d’une autre façon.

Avec l’espoir que cette fois-ci, lorsqu’elle pointera le ciel du doigt, ce sera après avoir franchi le plus haut des obstacles.

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Vivir es volver a recordar 😍

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